Que reste-t-il vraiment du CES de Las Vegas une fois passés les effets d’annonce et les démonstrations spectaculaires? Lors d’un petit-déjeuner débat organisé dans le cadre des Labs de #VivaIssy, le 6 février dernier au Nida, les experts du cabinet Niji ont proposé un décryptage utile pour les entreprises et les décideurs publics : l’essentiel des innovations présentées ne relève plus de la prospective, mais d’usages déjà en cours de déploiement.
Le salon, qui a réuni près de 148 000 visiteurs sur plus de 240 000 m², confirme une bascule. L’intelligence artificielle n’est plus une catégorie technologique parmi d’autres : elle irrigue désormais l’ensemble des secteurs, de l’industrie à la santé, en passant par le commerce ou la mobilité.
Pour rendre ces évolutions plus concrètes, les intervenants ont choisi de partir de situations très opérationnelles. Dans l’industrie, par exemple, l’optimisation des lignes de production par des agents IA associés à des jumeaux numériques permet déjà d’obtenir des résultats mesurables. Chez PepsiCo, l’analyse automatisée des données d’exploitation a permis d’identifier des marges de productivité invisibles jusque-là et de générer environ 20 % d’économies en quelques semaines. L’intérêt, pour les entreprises, tient moins à la technologie elle-même qu’à la rapidité avec laquelle ces gains peuvent être obtenus.
Autre illustration, plus inattendue : l’inspection d’avions. Une solution présentée au CES utilise des essaims de drones pilotés par intelligence artificielle pour analyser l’état d’un appareil. Là où une équipe d’une dizaine de techniciens intervenait pendant près de dix heures, trois personnes peuvent aujourd’hui réaliser l’opération en quatre heures. Pour les exploitants, cela signifie des appareils immobilisés moins longtemps et des coûts réduits d’environ moitié.
Le monde du travail est lui aussi directement concerné. Les intervenants ont évoqué le cas d’IBM, qui a remplacé plusieurs milliers de postes administratifs dans les ressources humaines par un agent conversationnel interne. L’exemple a suscité des réactions dans la salle, car il renvoie à une question centrale : l’IA remplace-t-elle les salariés ou transforme-t-elle leur rôle ? L’analyse partagée lors de la conférence est plus nuancée : dans de nombreuses organisations, l’objectif est désormais d’augmenter la capacité des équipes, en automatisant certaines tâches répétitives pour libérer du temps sur des activités à plus forte valeur.

Dans le domaine de la santé, plusieurs innovations ont particulièrement retenu l’attention. L’une d’elles consiste en un scanner cérébral portable capable de détecter un AVC directement dans une ambulance, en moins de deux minutes. Dans ce type de pathologie, chaque minute compte : réduire le délai de diagnostic peut changer radicalement le pronostic pour le patient.
Les évolutions touchent aussi des gestes plus ordinaires. Aux États-Unis, la livraison par drone n’est plus une expérimentation marginale : certains services permettent déjà de recevoir des courses en moins d’une heure. Dans le commerce en ligne, les agents d’achat automatisés commencent à apparaître : ils comparent les prix, sélectionnent les produits et peuvent finaliser une commande, sous validation de l’utilisateur. Pour les distributeurs, cela signifie que les interfaces devront bientôt être pensées non seulement pour les clients humains, mais aussi pour ces nouveaux intermédiaires logiciels.
La conférence a également montré des démonstrations qui, il y a encore peu de temps, auraient semblé relever de la science-fiction. Des avatars numériques capables de participer à une visioconférence, de parler plusieurs langues et d’interagir avec un interlocuteur ont été présentés en direct. Dans un autre registre, des lunettes connectées analysent une conversation commerciale et suggèrent des arguments en temps réel, comme un assistant discret placé dans le champ de vision.
Au fil des échanges, une idée s’est imposée : la rupture n’est pas seulement technologique, elle est stratégique. Les entreprises qui expérimentent rapidement ces outils prennent une avance difficile à rattraper, tandis que d’autres hésitent encore, faute de compétences ou de visibilité sur les modèles économiques.
Cette accélération soulève aussi des interrogations très concrètes, exprimées par le public : place de l’Europe dans cette compétition dominée par l’Asie et les États-Unis, impact sur l’emploi, protection des données ou encore absence relative des débats éthiques dans les grands salons technologiques. Le CES apparaît ainsi moins comme une vitrine futuriste que comme un révélateur. Une partie des technologies présentées est déjà entrée dans les chaînes de production, les hôpitaux, les magasins ou les bureaux. Pour les entreprises et les collectivités, la question n’est plus de savoir si ces transformations auront lieu, mais à quelle vitesse elles sauront s’y adapter.
CES, the most powerful Tech event in the World
Le site web de Niji
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