IA : la France entre dans le top 5 mondial des pays les plus utilisateurs

Eric LEGALE

À la fin de l’année 2025, l’intelligence artificielle a franchi un seuil d’usage inédit. Selon une étude du Microsoft AI Economy Institute, 16,3 % de la population mondiale utilise désormais des outils d’IA générative, soit près d’une personne sur six. La progression est rapide, mais très inégale : les pays industrialisés adoptent ces technologies deux fois plus vite que les économies émergentes, et l’écart entre le « Nord global » et le « Sud global » dépasse désormais dix points.

Dans ce contexte, la France se distingue nettement. Au second semestre 2025, 44 % des Français en âge de travailler déclaraient utiliser au moins un outil d’intelligence artificielle générative, en hausse de 3,1 points en six mois. Ce niveau place le pays au 5ᵉ rang mondial. Le Royaume-Uni atteint 38,9 % d’adoption, l’Allemagne 28,6 % et les États-Unis 28,3 %, tandis que les Émirats arabes unis dominent le classement avec 64 % et Singapour avec 60,9 %.

Cette position repose sur des choix engagés depuis plusieurs années. La France a investi tôt dans les infrastructures numériques, la recherche et la formation. Elle s’appuie sur un écosystème scientifique et entrepreneurial actif, qui favorise l’émergence de nouvelles solutions et leur diffusion rapide. L’essor de startups comme Mistral AI, devenue en peu de temps la startup européenne la plus valorisée du secteur, a contribué à renforcer la visibilité internationale de la filière et à accélérer l’adoption par les entreprises.

L’action publique constitue un autre levier décisif. L’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans les services de l’État et des collectivités a contribué à familiariser les citoyens avec ces outils. L’administration, en devenant elle-même utilisatrice, a joué un rôle d’entraînement pour l’ensemble de l’économie. Aujourd’hui, un tiers des entreprises françaises de plus de 250 salariés ont déjà intégré l’IA dans leurs activités, notamment pour l’analyse de données, l’automatisation ou l’aide à la décision.

Cette transformation se lit également à l’échelle locale. Certaines collectivités expérimentent depuis plusieurs années des services publics enrichis par l’intelligence artificielle, contribuant à diffuser ces technologies dans la vie quotidienne. À Issy-les-Moulineaux, le lancement d’IssyGPT en décembre 2023 a ouvert un nouveau canal de dialogue entre la mairie et les habitants, facilitant l’accès à l’information municipale et aux services. Plusieurs dizaines de milliers de conversations ont été enregistrées depuis sa mise en service, signe d’une appropriation rapide par les usagers. A Meudon, c’est un assistant conversationnel, doté d’une intelligence artificielle, qui prend le relais dès que la mairie ferme ses portes : la nuit, le week-end et les jours fériés… Cet agent vocal est capable de donner, en autonomie : horaires des équipements municipaux, formalités administratives, état civil ou informations pratiques.

La diffusion passe aussi par l’accompagnement des publics. Des ateliers d’initiation à l’intelligence artificielle sont régulièrement proposés, notamment dans les écoles et lors d’événements consacrés au numérique, afin d’apprendre à formuler des requêtes, à comprendre le fonctionnement des modèles et à vérifier les sources. Cette approche pédagogique contribue à réduire les inégalités d’accès et à inscrire l’IA dans les usages courants.

Ces initiatives illustrent un phénomène plus large : la transformation numérique ne se joue pas uniquement dans les centres de recherche ou les grandes entreprises, mais aussi dans les territoires, au contact direct des citoyens. Elles éclairent concrètement les raisons pour lesquelles la France figure aujourd’hui parmi les pays où l’intelligence artificielle est la plus utilisée au quotidien.

Le contraste avec les États-Unis souligne cette évolution. Le pays reste en tête pour le développement des modèles et des infrastructures, mais il n’occupe que le 24ᵉ rang en matière d’usage par la population active. Cette dissociation montre que la maîtrise technologique ne suffit pas à elle seule à généraliser les pratiques.

D’autres pays ont adopté des stratégies offensives pour accélérer la diffusion. Les Émirats arabes unis ont nommé dès 2017 un ministre dédié à l’intelligence artificielle et multiplié les dispositifs d’expérimentation réglementaire et d’attraction des talents. La Corée du Sud a connu en 2025 la progression la plus rapide, avec un taux d’adoption passé de 25,9 % à 30,7 % en un semestre, portée par des politiques publiques volontaristes et par l’amélioration rapide des modèles en langue coréenne.

Dans le même temps, l’essor de solutions open source transforme l’accès à l’intelligence artificielle dans de nombreux pays émergents, en réduisant les barrières financières et techniques. L’enjeu n’est plus seulement d’innover, mais de permettre l’accès et l’appropriation par le plus grand nombre.

La France fait désormais partie des pays où l’usage massif de l’intelligence artificielle devient un facteur de compétitivité et d’efficacité des politiques publiques. L’expérience montre que cette transformation se construit autant par les stratégies nationales que par les initiatives locales, là où les technologies rencontrent concrètement les usages.

Le rapport complet AI Diffusion

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